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- Itw Conor Washington
Washington, un ancien facteur à L’Euro
Né en Angleterre d’une mère écossaise, et il est devenu footballeur professionnel au pays de Galles. Conor Washington portera pourtant à l'Euro le maillot de l'Irlande du Nord. Il y a 4 ans, pour l'Euro 2012, Conor était surtout facteur. On est allé rencontrer ce joueur de QPR à Dublin, quelques jours avant l'annonce des 23 Nord-Irlandais convoqués pour cette aventure française.
Aujourd’hui, t’es dans l’un des plus beaux hôtels de Dublin pour préparer l’Euro 2016, alors qu’il y a quatre ans, tu n’étais pas professionnel, tu étais facteur. C’est quoi ton sentiment quand tu penses à ça ?Ça fait vraiment bizarre de penser à ça maintenant. J’étais obligé de me lever à 5 heures tous les matins, peu importaient le temps, la pluie, la neige, c’était pas facile. J’étais juste un footballeur à mi-temps comme on dit, je jouais le mardi et le samedi.
Une période difficile pour toi ?Mouais. Pour être honnête, j’aimais bien aussi. C’était un bon travail, et je prenais énormément de plaisir sur le terrain à cette époque, car je marquais plein de buts. Mais bon, c’est clair que je préfère ma situation maintenant.
Qu’est-ce que tu as appris de ces moments ?À garder confiance en ce que j’étais capable de faire sur le terrain. C’est sûr que je n’aimerais pas redevenir un footballeur à mi-temps. J’ai envie de continuer à ce niveau et de progresser encore et encore. Je pense que ça m’a donné plus d’envie et de volonté que certains joueurs.
T’es toujours en contact avec les gens avec qui tu travaillais il y a quatre ans ?Toujours en contact. Certains sont mes amis, j’ai même vécu avec eux, pendant l’année où j’étais facteur, donc on ne peut pas se perdre de vue.
T’as des souvenirs de l’Euro 2012 ? Pas trop dur à suivre quand on se lève à 5 heures du mat’ pour travailler ?Ouais, mais je l’avais suivi en entier. Mais pour être honnête, si tu veux parler de mes souvenirs de l’Euro, mon plus beau, c’est l’Euro 2000. J’avais 8 ans, et je me souviens très bien de la victoire de la France avec ce but de Trezeguet à la fin. Il y avait Thierry Henry aussi qui était mon idole à l’époque. Puis après, j’ai regardé tous les tournois.
Mais pas de souvenir particulier de l’Euro 2012 ?Pas vraiment. Je me rappelle que je travaillais le matin et je regardais les matchs l’aprem’, ça, ouais carrément. Je revenais du boulot, je faisais une petite sieste et je me relevais pour voir les matchs.
Est-ce que tu savais que tu pourrais jouer un jour pour l’Irlande du Nord ?Ouais, je l’ai su toute ma carrière en fait. Parce que ma grand-mère était de Belfast. Elle avait cet accent très fort, que seuls les gens de Belfast ont. Donc ouais, je savais qu’il y avait une possibilité.
T’avais déjà pensé jouer pour cette sélection ?Non jamais. Mon parcours est spécial. J’ai joué dans les divisions inférieures et j’ai franchi les étapes les unes après les autres. Ligue 3, Ligue 2. J’ai jamais pensé que j’aurais un jour la chance de jouer pour une équipe nationale, n’importe laquelle. En fait, j’ai juste parlé à mon agent, qui est en contact avec O’Neill. Et lui savait que je pouvais jouer pour sa sélection.
Et t’avais déjà mis les pieds en Irlande du Nord avant ta première sélection ?Ouais, mais une seule fois. Quand je jouais à Peterborough (troisième division anglaise), on était venus pour faire une préparation d’avant-saison. Parce que quand j’étais petit, ma grand-mère était venue rejoindre ma famille en Angleterre, j’avais donc jamais eu l’occasion de venir sur Belfast.
Ça ne fait pas un peu bizarre de porter le maillot d’un pays qu’on connaît très peu ?Non, j’étais vraiment fier. Mes grands-parents auraient été très fiers de me voir avec ce maillot. Le public a très bien compris ma décision aussi. Lors de mes deux premiers matchs, ils ont pu voir que je donnais le maximum pour le maillot. Je m’entends aussi très bien avec mes coéquipiers qui m’ont super bien accueilli. C’est juste une superbe expérience pour moi.
En plus, ce qui est marrant c’est que tu as fait ta première sélection au pays de Galles contre le pays de Galles…(Il se marre) Ah oui, ça, c’était vraiment bizarre. En plus, pour préparer le match, on est restés dans un hôtel qui était à moins de cent mètres de mon ancien appartement… C’était juste incroyable… Du moment où on est partis de l’hôtel jusqu’au stade, j’ai quelques souvenirs qui sont revenus.
Ce sont quoi tes objectifs pour l’Euro en France ?Déjà d’être dans l’équipe. Et puis, après, si je peux entrer sur le terrain, et pourquoi pas marquer, ouais, je serai très content. Quand j’étais très jeune, je rêvais de jouer une grande compétition, de marquer, comme tous les gosses en fait. Je vais jouer contre l’Allemagne qui a quelques-uns des meilleurs joueurs du monde dans son équipe. La Pologne, l’Ukraine, où il y a de très grands joueurs aussi. C’est le rêve de tout footballeur.
Tu vas jouer contre Müller, Lewandowski, deux des meilleurs attaquants du monde, tu t’inspires d’eux ?Oui, bien sûr. En particulier Lewandowski. Je suis attaquant et, en le regardant, j’apprends plein de choses. Il a juste tout. Pied droit, pied gauche, jeu de tête, il se déplace comme personne sur le terrain, il a une détente incroyable, il va vite. En tant que n°9, c’est un modèle. Mais je fais ça avec plein d’attaquants. Luis Suárez forcément, et quand j’étais plus jeune Thierry Henry, qui était trop fort.
Tu penses que l’Irlande du Nord peut sortir du groupe ?On a une très belle équipe. Steven Davis, au milieu, a fait une super saison avec Southampton, il a marqué contre les meilleures équipes de Premier League. Notre défense est très solide, puis on a Lafferty devant qui a fait des supers qualifs. On n’est pas très connus par les autres équipes, mais je suis persuadé qu’on peut surprendre.
Propos recueillis par Charles Thiallier, à Dublin